18.06.19

Plus de 340 organisations appellent l’UE à interrompre immédiatement les négociations commerciales avec le Brésil

Dans une lettre ouverte publiée ce 18 juin, plus de 340 organisations de la société civile dans plus de 45 pays du monde, dont Action Solidarité Tiers Monde-ASTM, appellent l’Union européenne à mettre immédiatement un terme aux négociations pour un accord de libre-échange avec le Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay) en raison de la détérioration des droits humains et de la situation écologique au Brésil. La lettre est adressée aux présidents des institutions européennes en amont de la réunion ministérielle de la semaine prochaine à Bruxelles où les ministres des affaires étrangères de l’UE et du Mercosur vont s’efforcer de finaliser les négociations.

La signature d’un accord commercial avec le gouvernement brésilien actuel va à l’encontre des droits humains et des principes environnementaux que l’Union européenne défend ; c’est un moment crucial pour les dirigeants européens de démontrer qu’ils respectent leurs principes et ne négocieront pas des accords commerciaux qui sapent l’accord de Paris sur le climat et les droits humains, affirme Shefali Sharma, directrice de l’Institute for Agriculture and Trade Policy Europe.

Depuis que Jair Bolsonaro est devenu président du Brésil le 1er janvier 2019, son gouvernement a démantelé des mesures de protection de l’environnement, toléré des incursions d’envahisseurs armés sur les terres des peuples indigènes et encouragé une hausse spectaculaire des taux de déforestation en Amazonie, sapant des années de progrès.

Nous observons une détérioration de la situation des droits humains et de la situation écologique au Brésil, y compris des attaques contre des populations qui défendent leurs territoires ou leurs ressources naturelles, ainsi que la mort de dirigeants communautaires, de paysans et de militants. La société civile européenne exhorte l’UE à utiliser ce levier commercial pour mettre fin aux violations des droits humains et à la déforestation au Brésil, ainsi qu’à soutenir la société civile brésilienne et les défenseurs de l’environnement , selon Adrian Bebb, expert des politiques commerciales chez Friends of the Earth Europe.

L’UE constitue un énorme marché pour le soja et le bœuf brésiliens, dont la production est à l’origine de la déforestation et de violations des droits humains à grande échelle au Brésil. L’UE est également le deuxième partenaire commercial du Brésil et, ensemble, ses États-membres constituent la principale source d’investissements étrangers directs du Brésil.

Les partisans de l’accord espèrent finaliser les négociations avant les élections présidentielles argentines et le renouvellement de la Commission européenne, qui auront lieu en novembre 2019.

Les récentes élections européennes ont montré que les citoyens exigent un verdissement de l’agenda européen. L’administration Juncker n’a donc pas la légitimité démocratique pour finaliser un accord commercial qui va aggraver la déforestation et aura donc un effet désastreux sur les populations et le climat , conclut Perrine Fournier, en charge du commerce et des forêts pour l’ONG Fern.

Mato Grosso, Brazil- Photo by Icaro Cooke Vieira

Les demandes des 340 organisations

  • mettre fin immédiatement aux négociations en vue d’un accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur
  • garantir qu’aucun produit brésilien vendu dans l’UE, ni les marchés financiers qui le sous-tendent, n’entraînent une augmentation de la déforestation, de l’accaparement des terres indigènes ou des violations des droits humains
  • exigent la confirmation, avec des preuves matérielles, que le gouvernement brésilien respectera ses engagements dans le cadre de l’Accord de Paris sur le changement climatique
  • augmentent le soutien à la société civile brésilienne, notamment en renforçant la mise en œuvre du plan d’action de l’UE sur les droits de l’homme et la démocratie et en organisant des consultations proactives avec les organisations de la société civile brésilienne qui traitent des droits de l’homme et du fonctionnement démocratique de la société civile brésilienne
  • surveiller les violations des droits de l’homme et y réagir – notamment en enquêtant sur les cas depuis l’élection de M. Bolsonaro – et renforcer les mécanismes de protection des défenseurs des droits de l’homme. Pour les personnes les plus exposées, y compris les peuples autochtones et les défenseurs de l’environnement, l’UE devrait apporter un soutien direct et urgent, le cas échéant, y compris par des représentations politiques.

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