Sortie des énergies fossiles : le Luxembourg doit passer à l’action
L’ASTM et Greenpeace demandent des engagements concrets à la conférence de Santa Marta
Le segment ministériel de la Première Conférence internationale sur la transition hors des énergies fossiles se tient le 28 et 29 avril à Santa Marta, en Colombie. Co-organisée par la Colombie et les Pays-Bas, cette conférence est la première réunion internationale explicitement consacrée à la planification de la sortie des énergies fossiles de manière juste, ordonnée et équitable, conformément aux objectifs
climatiques et aux meilleures données scientifiques disponibles.
ASTM et Greenpeace Luxembourg saluent la tenue de cette première conférence internationale dédiée à la transition hors des énergies fossiles. La sortie des énergies fossiles n’est pas seulement une nécessité climatique : elle est une question de justice entre le Nord et le Sud global, et doit s’appuyer sur un déploiement accéléré des énergies renouvelables de manière juste et solidaire. La crise énergétique actuelle, exacerbée par les conflits, met en lumière la vulnérabilité intrinsèque de la dépendance aux énergies fossiles, et confirme qu’il s’agit d’un moment décisif pour agir.
ASTM et Greenpeace Luxembourg avaient adressé, le 8 avril 2026, un courrier au ministre de l’Environnement, du Climat et de la Biodiversité Serge Wilmes, avec copie aux ministres Xavier Bettel et Lex Delles. Nos organisations demandaient notamment qu’une représentation ministérielle luxembourgeoise soit assurée à Santa Marta, et que le Luxembourg soumette une contribution écrite au processus préparatoire de la conférence. À ce jour, nos organisations n’ont reçu aucune réponse à ce courrier, ce que nous regrettons au regard de l’importance et de l’urgence des enjeux soulevés.
Le Luxembourg peut agir de manière concrète pour contribuer à une sortie juste et équitable des énergies fossiles. Nos organisations appellent le gouvernement et les autorités compétentes à renforcer de manière ambitieuse l’action du Luxembourg dans le cadre de la conférence sur la sortie des énergies fossiles, en s’appuyant sur ses engagements internationaux et le rôle de sa place financière. Cela implique, en matière de transparence, de publier l’inventaire national des subventions aux énergies fossiles, conformément aux engagements pris en tant que membre fondateur de la Coalition on Phasing Out Fossil Fuel Incentives Including Subsidies (COFFIS), lancée lors de la COP28.
Nous demandons également l’élaboration d’une feuille de route nationale de transition hors des énergies fossiles, pleinement alignée avec l’objectif de limitation du réchauffement à 1,5°C et la part équitable du Luxembourg, incluant des objectifs renforcés en matière d’énergies renouvelables, une réduction de la demande dans l’ensemble des secteurs, ainsi que l’exclusion des fausses solutions telles que les biocarburants non durables, le captage et stockage du carbone et le nucléaire.
Afin que la transition énergétique obéisse au principe de justice, il est essentiel d’augmenter significativement les financements climatiques concessionnels, de soutenir de nouvelles taxes sur les profits des entreprises fossiles, de promouvoir des mécanismes d’allègement de la dette des pays les plus vulnérables et de remplacer les subventions généralisées par un soutien ciblé aux ménages les plus fragiles. Il faudra également éviter qu’une demande accrue de minerais critiques ne conduise à de nouveaux mécanismes d’exploitation dans le Sud global, ainsi que de nouvelles dépendances.
Le Luxembourg doit impérativement se servir de sa place financière pour réorienter les flux financiers hors des énergies fossiles. Tant au niveau national qu’européen, nous exigeons que le gouvernement luxembourgeois propose et soutienne des cadres législatifs ferme et sans ambiguïté en la matière. Dans cet ordre d’idées, le gouvernement doit pousser les acteurs publics à servir d’exemple. Le Fonds de compensation (FDC) en particulier devrait ainsi être tenu d’aligner sa stratégie d’investissement avec les objectifs de l’Accord de Paris, en commençant par l’exclusion des entreprises des énergies fossiles identifiées dans la Global Coal Exit List (GCEL) et la Global Oil and Gas Exit List (GOGEL).
Enfin, nous appelons à un engagement renforcé du Luxembourg dans les processus multilatéraux, en soutenant notamment un traité international de non-prolifération des énergies fossiles, un traité mondial sur les plastiques, ainsi que la Convention-cadre des Nations Unies sur la coopération fiscale internationale. Cet engagement doit également s’inscrire dans le respect et la mise en œuvre de l’avis consultatif de la Cour internationale de justice sur les obligations climatiques des États.
Nous appelons en outre à garantir une transition équitable fondée sur les droits humains et la justice climatique globale.
