25.11.16

Hommage au Père Joao Geisen

joao-geisen-copie-2img-20161112-wa0033Le 9 novembre 2016, Père Joao Geisen est décédé. Sa mort nous affecte particulièrement, car il avait accompagné notre organisation partenaire MCP (mouvement des communautés populaires) au Brésil depuis ses débuts. Sans relâche, il est resté aux côtés des plus démunis. Les membres de l’ASTM qui ont régulièrement effectué des visites au Brésil ont pu vivre sur place son extraordinaire exemple de solidarité et d’accompagnement des groupes du MCP qui, au fil des années, s’est développé dans un grand nombre d’Etats fédéraux du Brésil. Il les a accompagnés dans leurs efforts d’organisation et d’entraide pour la construction d’une société meilleure. Né à Bivange, il a passé sa vie au Nord-Est du Brésil.

Lors de la messe qui s’est tenue pour Johnny Geisen, le mercredi 16 novembre à Clairefontaine en Belgique, Monique Langevin, vice-présidente de l’ASTM et active dans le suivi des projets Amérique Latine, a rendu hommage à celui qui restera pour l’ASTM un ami cher.

Avec Joao, nous avons en commun une longue histoire qui a commencé dans les années 70. 
Il était arrivé au Brésil, en octobre 1971 afin de travailler au service de l’Église progressiste, aux côtés de Dom Helder Camara, l’évêque des pauvres, l’évêque rouge, comme il a été appelé. Dans un article de la revue Forum en octobre 2001, Joao disait que Don Helder Camara avait un contact formidable avec les plus miséreux, qu’il entrait dans n’importe quelle favella. Au fil des années, Joao a fait de même. L’église était alors le seul milieu capable de développer un vrai travail de conscientisation populaire, en abritant les exclus, les miséreux. Dans le giron de l’église progressiste, les gens trouvaient une reconnaissance, récupéraient une dignité et pouvaient s’organiser pour améliorer leurs conditions de vie, pour se battre pour leurs droits.  C’est ce qu’a fait Joao tout au long de sa vie et c’est ainsi que sont nées les commissions de lutte.


Notre histoire commune a commencé dans les locaux de ce qu’était l ‘Action de Formation de Cadres, avenue Gaston Diderich. Il y venait régulièrement rencontrer les uns et les autres partageant ce qu’il vivait au Brésil qui était alors sous la dictature. Et ses passages dans nos bureaux ont continué ainsi jusqu’à sa dernière visite. Tous les ans, il arrivait chez nous porteur de questions sur le fonctionnement du monde. On peut dire que c’était un tiers mondiste de souche. Il nous titillait avec des questions sur la dette du tiers monde, sur la démocratie, sur notre société libérale. Il pouvait parler de ces sujets pendant des heures. Et puis ce fut un ambassadeur extraordinaire du mouvement des commissions de lutte que l’ASTM et SHR ont appuyé pendant des années. Infatigablement, il essayait de faire comprendre ce qu’est une commission de lutte et quels étaient les défis de la construction collective.


img-20161112-wa0039Pendant toutes ces années des membres de l’ASTM ont régulièrement effectué des visites au Brésil auprès des commissions de lutte, ils ont eu toujours la joie d’être accueillis et accompagnés par Joao. Pendant les réunions Joao était là, restant en retrait, mais on sentait bien que c’était l’âme du mouvement. Il était trop modeste pour le reconnaître, mais j’ai pu sentir chez les membres du mouvement un amour, une reconnaissance sans pareil. 


Je terminerai en évoquant un souvenir personnel. C’était en 1995, Joao à cause de ses opinions était en opposition avec l’Eglise officielle et n’avait plus de paroisse, mais il avait été appelé à célébrer une messe dans une favella. Son homélie m’a touchée profondément. Il redonnait du courage aux gens présents, leur disant qu’il ne fallait pas baisser les bras, que la justice pouvait gagner. Il allait auprès de chacune des personnes présentes.”

Père Joao a été enterré le 10 novembre à São Lourenço (Pernambuco) au Brésil.

Movimento das Comunidades Populares (MCP)
Créé par des communautés issues de l’exode rural, le « Mouvement des communautés populaires » a choisi l’organisation communautaire pour répondre aux problèmes économiques et sociaux qui se posent aux populations des périphéries urbaines. Face à de multiples défis (se nourrir, se loger, trouver un emploi, résister aux violences, aux drogues, aux gangs…), le mouvement a su progressivement concevoir et mettre en œuvre un véritable modèle de développement communautaire qui fait maintenant école. Sur base des valeurs humaines de solidarité et de démocratie participative, le MCP cherche à impliquer la population des quartiers défavorisés, surtout les jeunes, dans la recherche de solutions aux problèmes liés à la pauvreté en créant en même temps un réseau de solidarité et d’entraide. ASTM soutient MCP depuis 2002.

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