15.01.15

Discours de Ben Fayot, ambassadeur de l’année européenne du développement

ben fayotVeuillez trouver ici le discours de M. Ben Fayot, ambassadeur spécial de l’année européenne du développement, lors de la cerémonie d’ouverture qui s’est tenue le 14 janvier 2015 au Lycée Athénée.

 

Monsieur le Directeur, chers collègues professeurs, chers élèves,

C’est une grande joie pour moi d’être reçu aujourd’hui à l’Athénée pour ouvrir l’AED 2015. J’y ai vécu pendant plus de vingt ans une vie professionnelle passionnante au milieu de collègues et d’élèves extraordinaires que je voudrais saluer tout particulièrement. Je tiens aussi à remercier Monsieur le Directeur Jos Salentiny de nous avoir permis d’organiser cette manifestation dans son lycée et de nous avoir aidés avec tout son enthousiasme et toute son énergie.

Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi de commencer ce discours par l’évocation d’une ancienne collègue. Rentrant un jour d’un voyage en Afrique du Sud, Marie-Paule Georges avait été marquée profondément par la pauvreté qu’elle y avait vue, en particulier celle des enfants. Elle décida donc d’agir contre cette misère. Elle motiva des collègues et des élèves à rassembler des fruits, à faire des confitures et à les vendre au marché de la ville chaque samedi. Je l’ai vue à plusieurs reprises au beau milieu du marché jusqu’au jour où les protestations des marchands l’ont chassée et poussée au bord du marché. Ce qui montre, s’il en était besoin, que la logique du commerce n’est pas toujours celle de l’aide désintéressée. Mais cette action autour de la confiture a permis d’engager l’aide de l’Athénée pour les écoliers sud-africains. Marie-Paule est décédée en 2009, mais son engagement continue à travers l’action humanitaire de l’Athénée.

Cet engagement est un exemple parmi tant d’autres pour la façon dont sont nées les très nombreuses organisations non gouvernementales dans notre pays. C’est la solidarité de nombreux bénévoles qui fait la qualité de cette aide d’en bas, c’est l’engagement à long terme qui la rend efficace et durable. Mais cette aide d’en bas seule ne suffit pas. La politique d’en haut doit aller de pair avec cette solidarité. Il ne suffit pas d’une seule action solidaire, toutes les actions doivent être cohérentes pour donner à cette solidarité toute son efficacité. L’exemple de Marie-Paule Georges au marché de la ville permet de saisir combien difficile il peut être d’agir de la même façon sur le plan local, puis national, européen et mondial. De nos jours un mot revient sans cesse en politique de développement, un mot qui rappelle une évidence, mais qui est d’autant plus à remplir de sens : c’est la cohérence des politiques. Au plan national, cela signifie que ce n’est pas un seul département ministériel qui doit s’occuper de la politique du développement, mais toute la politique.

En 2015 le monde doit se donner de nouveaux objectifs du millénaire pour éradiquer la pauvreté après ceux de 2000. Des progrès ont certes été faits depuis 15 ans, mais désormais le monde a compris qu’il faut de nouveaux objectifs plus ambitieux encore pour approfondir la lutte contre la pauvreté. Car la pauvreté est la conséquence de l’exploitation de pays pauvres par des pays plus forts. Elle est la conséquence de la mauvaise gouvernance, de l’absence d’écoles, de services sociaux et sanitaires, du manque de communication. La guerre crée la pauvreté car elle chasse les hommes de leurs champs et de leurs maisons. Le fanatisme politique et religieux est fauteur de pauvreté tout comme la corruption et l’incompétence des gouvernants.

Mais en même temps, si nous voulons aider chaque pays à se développer soi-même, nous devons veiller à ce que le commerce international et les régulations financières donnent aux Etats la marge de manœuvre nécessaire. Si nous voulons aider les fermiers africains à se nourrir eux-mêmes et leurs concitoyens, nous ne pouvons en même temps leur rendre la tâche impossible par une politique commerciale agressive des pays développés. Et si nous voulons soutenir les pays pauvres à développer leur protection sociale, il faut leur laisser leurs richesses du sous-sol comme leur terre pour ce faire.

Voilà quelques grands défis de notre temps. Pour contribuer à ce que ces défis soient compris et pris en compte par nos populations et nos gouvernants, l’UE et ses Etats membres organisent l’Année européenne du développement 2015. Dans le slogan choisi : notre monde, notre dignité, notre avenir, le possessif « notre » est particulièrement important. Il s’agit de notre monde à nous tous, riches et pauvres. Il n’y a qu’une seule dignité, c’est celle de nous tous. Et notre avenir à nous tous est déterminé par la vie de tous les hommes de la planète. Notre mode de vie, notre sécurité, notre bien-être n’ont pas d’avenir sans notre responsabilité dans la lutte contre la pauvreté.

C’est ce message que nous voulons adresser à nos concitoyens au cours de cette année 2015.

athénée

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