09.06.14

Campagne de diffamation contre notre partenaire CUC

La situation des droits de l’homme au Guatemala dégénère. Cette situation est marquée par des menaces, des attaques intimidatrices et des campagnes qui ne touchent non seulement des acteurs sociaux et politiques de première ligne, mais aussi les partenaires directs de l’ASTM.

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Daniel Pascual Hernandez, coordinateur général du CUC

En défendant le droit des indigènes à la terre, le CUC (Comité d’Unité Paysanne), partenaire de l’ASTM, est depuis toujours dans le collimateur des grands propriétaires terriens qui contrôlent le pays. Dès sa création, l’organisation a été confrontée à des tentatives de dénigrement, de criminalisation et de violence allant jusqu’à l’assassinat de ses dirigeants. De cette sorte, 42 de leurs membres ont été assassinés entre 2000 et 2013.

En 2013, une attaque physique et des menaces de mort ont été proférées contre Daniel Pascual Hernandez, coordinateur général du CUC lorsque celui-ci visitait la région de San Juan Sacatepéquez. Suite à une plainte de M. Pascual, une campagne de presse systématique a été orchestrée dans les médias nationaux, visant à qualifier le CUC et ses dirigeants de délinquants et de terroristes. Ces calomnies et injures cherchent à créer une ambiance justifiante des attaques physiques futures contre les membres et dirigeantes du CUC.

Une autre variante de ce harcèlement a pour but d’arrêter l’action du CUC d’appui aux communautés indigènes opposées à l’installation d’une centrale hydroélectrique dans la province de Huehuetenango. Une procureure de ce district, Gilda Isabel Aguilar Rodriguez accuse maintenant le CUC d’être à l’origine d’une attaque à main armée dont elle a été victime. Elle a porté plainte contre le coordinateur général du CUC, M. Daniel Pascual pour tentative d’assassinat. Elle lui reproche d’avoir commandité son meurtre à un prévenu dans la prison de Huehuetenango.

Notre soutien à l’organisation CUC consiste notamment à prendre en charge les frais occasionnés par les procès menés pour obtenir des titres de propriété et garantir le droit à la terre aux paysans indigènes. Si les avocats doivent maintenant mettre leur énergie à défendre les membres du CUC contre les tentatives de criminalisation, leurs adversaires ont déjà eu partiellement gain de cause et les paysans une chance de moins de résister contre la spoliation de leurs terres ancestrales.

Ces attaques ont lieu dans un contexte général de recrudescence de la violence et renforcent le climat d’agressivité et de tension sociale qui se fait ressentir quotidiennement.

Mais la violence contre les peuples indigènes n’est malheureusement pas une nouveauté de cette période. Un grand espoir pour la lutte des peuples autochtones fut la condamnation pour génocide du dictateur José Efraín Ríos Montt, président du Guatemala de 1982-1983, à 80 ans de prison le 10 mai 2013. Ce fut un procès historique, car pour la première fois un président fut condamné par un tribunal de son propre pays pour génocide. La sentence redonna de la dignité à une société où l’impunité reste un cruel problème. Cependant, dix jours après, le verdict fut annulé par la Cour suprême pour vice de forme et une nouvelle instruction fut ordonnée.

La juge responsable de la condamnation du dictateur, Mme Yassmín Barrios a par la suite subi de nombreuses menaces et intimidations. Le 2 avril 2014 elle a été suspendue de ses fonctions pour une année par le Tribunal d’honneur du collège d’avocats et notaires de Guatemala (CANG) qui en plus lui a infligé une amende. Les réactions ne se sont pas fait attendre. Entre autres, les chefs de mission de l’Union Européenne ainsi que le Haut Commissariat aux Droits de l’homme des NU se sont dits préoccupés de sa destitution, destitution qui met en péril l’impartialité de la justice au Guatemala.

 

Thérèse Gorza est membre de l‘ASTM.

 

coverbp283Cet article paraîtra dans la prochaine édition du Brennpunkt (sortie prévue: 19 juin 2014). Pour vous abonner au Brennpunkt Drëtt Welt, cliquez ici!

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