29.06.15

Assemblée générale 2015 de l’ASTM: En route pour de nouveaux défis

Assemblée générale ASTM 2015

Assemblée générale ASTM 2015

Comme c’est devenu maintenant coutume, l’assemblée générale ordinaire de l’Action Solidarité Tiers Monde – ASTM – s’est tenue en deux temps. L’association s’était donnée rendez-vous le samedi 21 mars pour discuter des rapports d’activités mais surtout des perspectives pour les années à venir alors que le soir du mardi 31 mars était consacré à la partie statutaire – avec l’adoption des rapports financiers et moraux du CA.

2014 était caractérisée par la clôture de deux accords-cadres (programmes de travail pluriannuels) de 5 ans soutenus par la Direction de la coopération et de l’action humanitaire du Ministère des Affaires étrangères et européennes (MAEE). Il s’agissait d’un côté des projets de solidarité que l’ASTM réalise avec 31 organisations partenaires en Asie, au Proche Orient et en Amérique latine et de l’autre côté des actions de sensibilisation et d’éducation au développement à travers un accord signé une première fois en 1999.
Concernant les partenariats en Afrique, ils se réalisent en consortium avec SOS Faim. L’accord y relatif  a été reconduit en 2014 et continuera jusqu’en 2018. Les partenaires africains soutenus par l’ASTM continuent à intervenir essentiellement dans le domaine de l’agriculture. De façon générale, l’approche favorisée est une agriculture à petite échelle, renonçant aux intrants chimiques (engrais, pesticides) et permettant à nos partenaires d’utiliser efficacement des alternatives. Les actions englobent en général trois volets: l’amélioration de la production, l’appui pour une meilleure commercialisation et l’organisation des producteurs en groupements ou en coopératives.

Si les nouveaux accords-cadres s’inscrivent dans la continuité des activités que l’ASTM développe depuis 45 ans, notre association a su relever plusieurs défis liés à la fois aux nouvelles priorités qu’elle voulait se donner et à un contexte politique général, où le droit à un développement équitable et durable est de plus en plus remis en question.
Pour définir ses orientations, l’ASTM a sollicité la participation de l’ensemble des ses membres, des bénévoles aussi bien que de son équipe de permanents. Accompagnés par Adélie Miguel Sierra, consultante externe, un nouveau cadre stratégique a été développé, englobant le travail avec les partenaires du Sud et le travail de sensibilisation et d’éducation au développement au Nord. Il devra nous guider dans nos activités jusqu’à la fin de la décennie, c’est-à-dire jusqu’au moment où l’ASTM fêtera un demi-siècle d’existence.

Avant de se projeter dans un tel avenir, nous avons tenu à synthétiser les principaux enseignements issus de ses précédents accords-cadres. Parallèlement un diagnostic organisationnel interne a été entamé afin d’identifier les forces et les éléments à améliorer, ainsi qu’une analyse de l’évolution du contexte externe dans lequel l’ONG agit. Sur base de ces différents diagnostics, l’ASTM a redéfini sa vision de société à laquelle elle souhaite contribuer – tout en réaffirmant les valeurs et les principes sur lesquelles elle se fonde.

Pour des raisons inhérentes aux moyens budgétaires mis à disposition du MAEE pour les activités d’éducation au développement, l’ASTM a dû scinder ses activités d’éducation en deux programmes distincts. Elaborer deux programmes spécifiques tout en maintenant une cohérence d’ensemble n’a pas été aisée, mais l’ASTM a relevé le défi en séparant les structures plutôt orientées vers des services rendus au public et au monde des ONGD et d’autre part, des activités plus politiques.

Les efforts de ces dernières années pour renforcer son Centre d’Information Tiers Monde (CITIM) pour en faire une vitrine de l’éducation au développement au Luxembourg, n’ont pas été en vain. Au courant des années 2015-2017 le CITIM passera sous un mode de financement à première vue plus confortable : le MAEE a accepté de le gérer sous mandat, c’est-à-dire que les dépenses liées directement à l’infrastructure et aux activités pédagogiques du CITIM sont financées à 100% par l’Etat. Plus qu’un centre de documentation spécialisé sur le développement, le CITIM pourra donc continuer à se développer comme réel espace de rencontre et d’échange entre les ONGDs. Le dédoublement de la permanence, l’intégration dans le réseau bibnet.lu, le lancement de nouvelles formules comme les lunch-débats etc. ont contribué à faire augmenter le nombre des usagers.

Le cadre à la fois agréable et fonctionnel du CITIM n’empêche pas l’ASTM à continuer à développer ses actions de sensibilisation aux niveaux communal et national. Le nouvel accord-cadre sensibilisation 2015-2017 intitulé „Les citoyens au Luxembourg, acteurs de changement social pour un monde plus juste“ décrit une large panoplie d’actions destinées à des groupes-cibles très variés – acteurs du milieu scolaire, personnes-relais, décideurs politiques ou grand public. A travers des collaborations spécifiques, l’ASTM va étendre la portée de ses actions et toucher un public encore plus nombreux. Le travail en réseaux permet de se renforcer mutuellement entre acteurs du développement et de soutenir un plaidoyer partagé et plus efficace, entre-autres dans des dossiers d’actualité tel que le TTIP, les relations commerciales entre l’UE et les pays en développement, les objectifs du développement durable et la cohérence des politiques.
Mais l’ASTM devra faire face à de nouveaux défis financiers : Pour compenser sa plus large contribution au CITIM, le MAEE a limité son apport à l’AC sensibilisation, qui ne sera plus cofinancé, comme dans le passé à hauteur de 80%. L’ASTM devra donc faire appel, dans une plus grande mesure que par le passée, à ses partenaires et ses donateurs pour mener à bien ses efforts dans le domaine de la sensibilisation.

L’expérience que l’ASTM a su gagner au courant des dernières années lui a permis de décrocher un projet triennal cofinancé par la Commission européenne. „The future we want“ permettra de renforcer le travail de sensibilisation avec les communes membres de l’Alliance pour le climat. Cette action nous projette dans la réflexion d’une société différente, où nos modes de consommation sont en phase avec un développement durable. Le nouvel accord-cadre pour les projets de solidarité hors Afrique est dorénavant axé sur le renforcement des capacités de nos partenaires en tant qu’acteurs de la sociétal civile. Ce renforcement se fait d’abord au niveau organisationnel : il s’agit d’améliorer la gouvernance interne du partenaire et de développer les compétences techniques, administratives et financières, ainsi que de mettre en œuvre un processus organisationnel démocratique et durable. Ensuite, il s’agit d’améliorer les capacités techniques pour qu’ils soient en mesure de fournir des services de base (tels que l’éducation, la santé, la formation, etc.). Enfin, il est tout aussi essentiel d’augmenter les capacités d’analyse afin d’influencer l’environnement politique et d’augmenter l’impact des actions entreprises.

Le bilan financier de l’exercice 2014, présenté par Pierre Schmit, trésorier de l’association, a démontré la gestion équilibrée des différents secteurs. Les dépenses globales de l’association ont atteint 2.959.319 euros (+2,6% par rapport à 2013), dont 1.654.503 euros (+1,8%) ont été affectées aux actions de solidarité au Sud, c’est-à-dire en faveur des 31 organisations partenaires soutenues dans 12 pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. 133.663 euros ont été réattribués aux différents partenaires au Nord dans le cadre d’un projet de sensibilisation européen pour lequel l’ASTM a le rôle de leader. Les activités de sensibilisation et d’éducation au développement au Luxembourg se sont établies à 671.723 euros, dont 173.157 euros pour les activités „Nord-Sud“ dans les Communes de l’Alliance pour le Climat (Klima-Bündnis). L’impact luxembourgeois des projets de sensibilisation européens s’est élevé à 149.522 euros.
Côté recettes, les dons et contributions d’origine privée ont atteint 236.665 euros, auquel il faut ajouter les contributions des communes et d’autres ONG pour les différentes activités (175.561 euros), en diminution de 1,8% par rapport à 2013. L’année s’est clôturée par un déficit de 61.118 euros, contre 84.335 euros en 2013, qui a du être comblé par les fonds associatifs. Le comité financier de l’ASTM a rappelé à cette occasion la nécessité d’augmenter les recettes d’origine privée afin de pouvoir maintenir le niveau des activités tant en ce qui concerne le soutien aux partenariats au Sud que le travail de sensibilisation au Nord.

Après la décharge accordée par l’AG, les comptes ont été soumis au contrôle d’un réviseur d’entreprise dont le rapport sera remis aux bailleurs de fonds publics.
Dans son rapport moral, Richard Graf, président du conseil d’administration, a tenu à remercier l’équipe des salariés et des bénévoles pour avoir pu exécuter tous les programmes et activités prévues au courant de l’année écoulée, tout en s’adonnant corps et âme à la préparation des nouveaux accords. Comme tout le secteur, l’ASTM a du se soumettre à une certaine modération budgétaire, mais a réussi à maintenir le niveau des activités.  La présence de l’ASTM dans les médias s’est encore renforcée.
Parmi les faits marquants de l’année, on a pu citer notamment la visite du Ministre Romain Schneider, accompagné par Madame la directrice Martine Schommer et la responsable pou l’éducation au développement Allexandra Allen au CITIM, ainsi que l’organisation au Luxembourg de l’assemblée générale de l’Alliance international du climat.
L’association tout entière a été affectée en 2014 par les décès de Bernard Langevin et de Guy Schuller, deux membres fortement engagés dans l’association depuis de longues années. Leur départ pèse d’autant plus lourd que les années s’annoncent difficiles. Les mesures du „Zukunftspak“ tels que annoncées en automne 2014 pourraient mettre en danger la pérennité de nos actions et partenariats à plus long terme.

Indépendamment des débats structurels touchant à l’existence même de l’ASTM, elle devra poursuivre ses actions qui traitent des menaces qui se répercutent sur ses partenaires et sur notre propre société – que ce soit le dossier du TTIP, les négociations commerciales, le droit des peuples à se nourrir eux-mêmes, l’exploitation des minerais, le financement du développement, le changement climatique …

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