01.02.17

Violations des droits humains aux Philippines : Action Solidarité Tiers Monde appelle à l’action

Alors que la situation des droits humains aux Philippines ne cesse de se détériorer, l’association Action Solidarité Tiers Monde (ASTM) au Luxembourg appelle les autorités luxembourgeoises à aborder la question des violations des droits humains commises par le gouvernement du président Rodrigo Duterte avec leurs homologues philippins.

Manifestation contre la violation des droits humains de notre organisation partenaire KMP aux Philippines en juillet 2016

Depuis plus de 20 ans, l’ASTM soutient des projets de solidarité aux Philippines qui visent à appuyer des organisations locales dans leur travail de défense des droits économiques et sociaux de la petite paysannerie. Le respect et la mise en œuvre des droits fondamentaux se trouvant au cœur de l’action de l’ASTM, l’organisation est très alarmée par les dernières évolutions en matière de droits humains aux Philippines, notamment depuis l’élection du nouveau président Rodrigo Duterte le 30 juin 2016. Alors qu’à son entrée en fonction, le président a promis que son administration serait « sensible aux obligations de l’État de promouvoir et de protéger les droits de l’homme », la campagne meurtrière qu’il a lancée contre le trafic de stupéfiants a donné lieu à de nombreuses atteintes aux droits humains.

Exécutions extrajudiciaires
En effet, selon le Rapport mondial 2017 de Human Rights Watch (HRW) (1) publié il y a quelques semaines, depuis l’arrivée au pouvoir de Rodrigo Duterte, le nombre d’exécutions extrajudiciaires commises dans le cadre de sa lutte contre les stupéfiants a explosé. L’organisation fait notamment état de 4.800 homicides illégaux commis par la police ou des tireurs non identifiés.

Harcèlement d’activistes
Dans un communiqué de presse publié le 13 janvier 2017 (2), l’organisation philippine de défense des droits humains, Karapatan a également pris position. Elle a mis en garde contre l’utilisation du prétexte de la campagne contre les stupéfiants pour harceler des activistes et des communautés organisées qui luttent pour la terre et leurs droits. Selon sa secrétaire générale, Cristina Palabay, des soldats prétendant être à la recherche de stupéfiants illégaux auraient harcelé des communautés concernant leur affiliation avec des groupes opposés au gouvernement.

Rétablissement de la peine de mort
En outre, le Sénat philippin est actuellement en train de débattre sur le rétablissement de la peine de mort pour certaines infractions parmi lesquelles figurent par exemple la trahison, le meurtre, la corruption, le viol, l’enlèvement, le vol avec violence ou intimidation, l’incendie d’origine criminelle, les infractions liées aux stupéfiants et le vol de voiture (ou tout véhicule à moteur). (3)

Or, les Philippines ont ratifié le Deuxième Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques qui engage le pays à abolir la peine de mort. L’adoption d’une loi visant à réintroduire cette sanction dans le droit national violerait donc les obligations des Philippines en vertu du Protocole. Par ailleurs, il n’a jamais été prouvé que la peine de mort soit plus dissuasive que l’emprisonnement pour combattre la criminalité. En revanche, des régimes autoritaires utilisent la peine de mort comme une arme politique afin de réprimer l’opposition, la société civile et les défenseurs des droits humains.

Le respect des droits humains et le développement
Le non-respect des droits humains pourrait constituer un véritable frein à la réalisation des politiques de développement durable aux Philippines. L’Organisation des Nations Unies (ONU) a affirmé à plusieurs reprises que le respect de l’état de droit et des droits humains et le développement sont fortement interdépendants. (4) Le rôle de l’état de droit comme un facteur de développement durable a été également mis en avant dans les nouveaux Objectifs de Développement Durable (ODD).

Par conséquent, l’ASTM appelle les autorités luxembourgeoises à aborder la question des droits humains dans le cadre de leurs relations avec le gouvernement philippin. Afin de garantir le respect de l’état de droit, le gouvernement philippin devrait veiller à ce que :

  • des enquêtes impartiales sur les exécutions extrajudiciaires soient menées et que les responsables de ces actes soient traduits en justice
  • ses engagements internationaux en matière de droits humains soient honorés, en rejetant notamment les nouveaux projets de loi visant à rétablir la peine de mort
  • les activistes et les défenseurs des droits humains puissent exercer librement leurs droits à la liberté d’expression et d’association.

Lire aussi “Peine de mort aux Philippines : la lutte continue”, prise de position publiée le 15 février 2017.

(1) https://www.hrw.org/world-report/2017/country-chapters/philippines
(2) http://karapatan.org/Rights+violations+will+continue+if+Oplan+Kapayapaan+is+Oplan+Bayanihan+2.0
(3) http://beta.philstar.com/headlines/2016/12/07/1651195/list-crimes-punishable-proposed-death-penalty
(4) https://www.un.org/ruleoflaw/fr/

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