31.03.17

Salvador : « Nous pouvons vivre sans or, mais non sans eau ! »

Victoire historique pour le peuple du Salvador et ses alliés internationaux le 29 mars 2017 après des années de lutte : le pays a interdit l’exploration et la transformation de tous métaux sur son territoire. Première mondiale aussi pour le plus petit pays d’Amérique Latine : il est le premier à adopter une loi SUR l’interdiction de l’exploitation minière et POUR la protection de son environnement et de ses ressources d’eau.

Le vote intervient alors que le Salvador vient de remporter un bras de fer juridique avec l’entreprise minière australo-canadienne, Oceanagold le 28 mars dernier. Ce dernier avait demandé 250 millions de dollars de réparations au gouvernement salvadorien pour avoir refusé en 2008 un permis d’exploitation d’or, déjà pour des raisons environnementales.

Thérèse Gorza, bénévole ASTM dans le groupe projets Amérique Latine, commente cette décision historique.

« Nous pouvons vivre sans or, mais non sans eau !  » Tel est le slogan de la Campagne contre l’exploitation minière au Salvador, qui aujourd’hui se voit couronnée de succès. Après une décision unanime de la Commission pour l’environnement et le changement climatique, l’Assemblée Législative a voté à une forte majorité de 69 voix sur 84, une loi interdisant l’exploitation minière en général et prévoyant des sanctions contre ceux qui enfreignent la loi. Dans un pays où seulement 3% de la forêt vierge reste intacte, où 90% des eaux de surface sont polluées, c’était une décision d’urgence, toute autre aurait été suicidaire pour la nature et pour la population. Le Ministère de l’Economie sera responsable de l’exécution de la loi et de la récupération des zones affectées par l’exploitation minière.

L’Etat du Salvador avait été cité en justice pour la somme de 250 millions $ par la compagnie Oceanagold, qui lui reprochait de ne pas lui délivrer une concession pour extraire de l’or du territoire national. La lutte contre la multinationale, où l’Etat a eu gain de cause, a été accompagnée par une forte mobilisation et a reçu entre autres, l’appui de l’Eglise catholique. Carlos Padilla, gouverneur de Nueva Vizcaya, (Philippines) a soutenu les activistes lors d’un colloque à l’Université Centraméricaine. En effet, aux Philippines, la concession avait été retirée à cette même compagnie pour violation des droits humains et environnementaux. Les promesses de bien-être, d’investissements et d’emplois pour la population n’étaient que du vent, par contre une réserve naturelle a été détruite par les activités de la compagnie minière.

Une décision historique qui donne de l’espoir à tous les activistes qui luttent contre la destruction de l’environnement, pour les droits des peuples indigènes et contre le changement climatique. » Thérèse Gorza

Le Salvador : 4e pays le plus vulnérable par rapport au changement climatique
Le Salvador est le plus petit pays d’Amérique Centrale avec 6,3 millions d’habitants, et ses 300 habitants au km2 lui valent d’avoir la plus grande densité. En même temps, il s’agit du 4e pays le plus vulnérable par rapport au changement climatique. 95 % de la population vit dans des zones à risque élevé de catastrophes naturelles. S’y ajoutait en 2016 la déclaration gouvernementale de stress hydrique après la constatation que la source principale en eau du pays, le fleuve Lempa, avait été contaminée par les pratiques nuisibles des minières au Nord-est du pays. Le Ministère de l’Environnement et des Ressources Naturelles a établi que seulement 2% de l’eau de surface conviennent à la consommation humaine et au développement de la vie aquatique.

Plus d’informations sur les activités de l’ASTM au Salvador
Action Solidarité Tiers Monde a soutenu de 2001 à fin 2015 l’organisation partenaire Inciativa Social para la Democracia (ISD) qui s’engage pour le renforcement des droits citoyens.

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