Le 28 janvier, la plateforme d’ONG et d’organisations paysannes „meng-landwirtschaft.lu“ (mon agriculture) a présenté à la presse une série de revendications en faveur d’une réorientation de la politique agricole luxembourgeoise. Ce texte, long de 32 pages, est en allemand, mais comprend aussi un résumé en français.
Depuis la création de „meng-landwirtschaft.lu“ en 2011, l’ASTM a coopéré aux travaux de ce groupe qui rassemble pour la première fois dans une plateforme commune des organisations luxembourgeoises actives dans les domaines de l’agriculture et de l’environnement, ainsi que des ONG impliquées dans la coopération au développement. Il s’agit de natur&ëmwelt, Bio-Lëtzebuerg – Vereenegung fir Bio-Landwirtschaft Lëtzebuerg, Greenpeace Luxembourg, Action Solidarité Tiers Monde, SOS Faim Luxembourg, Mouvement Écologique et Caritas Luxembourg.
En lançant le 28 janvier une série de revendications politiques communes, ces organisations souhaitent stimuler un débat public longtemps retardé sur l’avenir de l’agriculture au Luxembourg et y participer activement. Elles veulent également s’engager pour une plus grande solidarité avec les petits producteurs du Sud – car la politique alimentaire et agricole, tant luxembourgeoise qu’européenne, a aussi un impact sur les pays en développement.
En 2013, la politique agricole commune de l’Union européenne a été définie pour la période allant de 2014 à 2020. Pour „meng-landwirtschaft.lu“, il s’agit maintenant, dans le cadre de l’organisation du „plan de développement rural“ (PDR), de savoir comment utiliser les marges de manoeuvre que la politique agricole commune autorise afin d’enclencher un “verdissement” de l’agriculture luxembourgeoise. La question ne se limite pas aux subventions, mais comprend également la lutte contre le réchauffement climatique, la protection de la biodiversité, la qualité de l’eau et du sol, le développement local, la protection des animaux, le choix des technologies futures et la qualité de notre nourriture, ainsi que notre santé. En outre, il s’agit de lutter contre la faim dans le monde et contre l’justice mondiale.
A travers ce plaidoyer pour une réorientation de la politique agricole luxembourgeoise, „meng-landwirtschaft.lu“ souhaite poser les questions cruciales en rapport avec la politique agricole actuelle, expliquer le contexte national, européen et international, et enfin développer une perspective durable. Parce que continuer comme à présent n’est pas une option. Ci-après les demandes que „meng-landwirtschaft.lu“ adresse au gouvernement en ce qui concerne les pays en développement.
L’impact de la politique du Luxembourg et de l’UE sur les pays en développement
Quelque 900 millions de personnes souffrent toujours de faim et de sous-alimentation dont une large majorité sont des ruraux – surtout des petits paysans et des paysans sans terre.
Le monde produit pourtant assez de céréales pour nourrir les sept milliards de personnes sur notre planète. Un tiers de cette production sert à nourrir, non pas les êtres humains, mais le bétail. Le problème de la faim dans le monde n’est donc pas nécessairement un problème de production, mais surtout un problème de répartition et d’accès à la nourriture.
De nombreuses études et analyses ont paru ces dernières années sur le thème de la crise alimentaire et agricole mondiale et les solutions à y apporter comme celle d’une agriculture familiale(1). Malgré cela, la Politique Agricole Commune européenne (PAC) et les politiques néo-libérales et d’ajustement structurel promues par la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International qui ont eu un impact désastreux sur les agricultures des pays en développement, notamment sur l’agriculture vivrière, sont toujours poursuivies(2) (voir ci-après).
La situation des paysans pauvres des pays en développement victimes de ces politiques est encore aggravée par l’influence croissante des marchés financiers et de l’agriculture capitaliste (agrobusiness) sur les systèmes agricoles et alimentaires mondiaux ainsi que par les partenariats publics-privés encouragés par les gouvernements des pays riches.
Les demandes au gouvernement du Luxembourg
Le gouvernement doit réserver, dans sa politique de coopération au développement, une nouvelle priorité à l’agriculture et plaider en faveur d’une telle réorientation auprès de ses partenaires et aux niveaux européen et international. Cette politique doit être basée sur le principe de la souveraineté alimentaire et sur le respect de tous les droits de l’homme et notamment du droit à l’alimentation pour tous. Il convient de promouvoir un modèle de développement agricole centré sur la petite exploitation, tenant compte du rôle important des femmes et fonctionnant selon les principes de l’agro-écologie.
Afin de relancer les investissements dans l’agriculture, au moins 10% de l’APD sont à réserver au développement de ce secteur.
Le Luxembourg doit s’engager à ce que l’UE arrête l’exportation de produits agricoles et alimentaires à des prix en dessous du coût de production. Il convient, au contraire, de favoriser une régulation adéquate des marchés agricoles dans les pays en développementet d’encourager la création à cet effet de mécanismes de suivi appropriés.
Le Luxembourg doit de même s’engager en faveur de la redéfinition des politiques commerciales de l’UE tant sur le plan multilatéral que bilatéral. Il doit, en particulier, demander une révision du mandat de négociation des Accords de Partenariat Economique (APE) avec les pays ACP . Il convient de favoriser le développement des capacités de production dans les différents secteurs économiques et notamment dans l’agriculture y compris par une protection appropriée des petits producteurs.
Afin de réduire nos importations de protéines à base de soja des pays en développement, il est nécessaire que l’agriculture luxembourgeoise s’oriente vers une agriculture au maximum autonome en ressources. Le Luxembourg doit donc développer et promouvoir des méthodes agricoles qui favorisent la production locale des matières fourragères.
Le Luxembourg doit revoir à la baisse ses objectifs nationaux de recours aux agrocarburants et développer des alternatives durables dans le secteur des transports. Au niveau européen, le Luxembourg doit s’engager pour l’introduction de critères de durabilité stricts pour les agrocarburants.
L’acquisition de terres dans les pays en développement doit être soumis à des conditions sévères et contraignantes, respectant les droits acquis des communautés et familles qui vivent sur ces terres et qui soient compatibles avec la souveraineté alimentaire de chaque pays.
Le Luxembourg doit interdire la spéculation financière sur les matières premières agricoles aux fonds d’investissements de droit luxembourgeois. Au niveau européen, il doit de même s’engager en faveur d’une régulation stricte de cette spéculation financière sur les matières premières agricoles .
Conclusions
La publication de ces positions coïncide heureusement avec le début de l’Année Internationale de l’Agriculture Familiale. Il s’agit maintenant de s’engager dans une action de plaidoyer et de rallier à ces positions d’abord un maximum d’autres ONG. Il s’agira ensuite d’obtenir l’ appui des autorités concernées et en particulier du Ministre de la Coopération et de l’Action Humanitaire. Ces positions devraient aussi connaître la plus large communication au niveau européen en vue d’ inspirer nos partenaires dans les autres pays de l’UE et d’avoir un impact maximum à ce niveau.
Jean Feyder est membre de l’ASTM. Le texte complet des revendications peut être téléchargé sur www.meng-landwirtschaft.lu.
(1) Citons notamment du rapport IASSTD – International Assessment of Agricultural Science and Technology for Development-, élaboré, en 2005-2008, par quelque 400 experts sur invitation de l’ONU et de la Banque Mondiale et ses conclusions incontournables qui préconisent un autre modèle d’agriculture basé sur l’agro-écologie.
(2) Un exemple : En 1980, au niveau mondiale, 20 pour cent de l’aide au développement ont été dépensés au développement de l’agriculture alors que ce pourcentage a diminué à moins de cinq pour cent en 2007.




