08.12.17

Bolivie : notre partenaire CEDIB à nouveau face à un contexte d’harcèlement croissant

Ces dernières années, le Centre de Documentation et d’Information Bolivie (CEDIB), organisation partenaire ASTM depuis 2004, lutte pour pouvoir poursuivre son travail malgré des actions continuelles destinées à détruire son existence économique et juridique légale .

En tant qu’organisation sociale de référence en matière des droits humains, le CEDIB dénonce régulièrement la violation des droits humains notamment par les sociétés transnationales. Le CEDIB est sûr que les attaques s’inscrivent dans un contexte de harcèlement croissant des défenseurs des droits humains et de la Nature en Bolivie. Cela va d’actions violentes dans les territoires des populations indigènes jusqu’à la division et à la prise en main d’organisations qui résistent aux projets extractivistes et jusqu’à l’adoption d’une loi qui restreint la liberté d’association pour les organisations qui ne s’alignent pas sur politiques gouvernementales

Menaces et harcèlements répétés
Après une expulsion forcée de ses locaux de l’Université Saint Simon à Cochabamba pour faire place à un Institut Chinois en mars 2017, le CEDIB fait face aujourd’hui à un harcèlement administratif abusif : le gel préventif des comptes bancaires, une mesure qui affecte principalement les droits des travailleurs du CEDIB. La plupart des fonds immobilisés (environ 83%) correspondent aux salaires et aux avantages sociaux de l’équipe de travail, la plupart d’entre eux étant des femmes chefs de ménage. Cette mesure est abusive étant donné que la valeur des actifs immobilisés dépasse le montant réclamé et, en plus elle met le CEDIB dans une situation de vulnérabilité étant donné qu’il risque des amendes en cas de non respect de ses obligations. Le 8 décembre notre partenaire a fait une déclaration publique.

Déclaration publique du CEDIB le 8 décembre 2017


ChèrEs amiEs du CEDIB,

Il est de notoriété publique que le CEDIBC (Centre de documentation et d’information Bolivie) existe depuis presque 50 ans. Il est né lors de la dictature militaire. Son objectif était de documenter et de sauvegarder la mémoire historique reflétée dans la presse nationale, de sorte qu’il y a eu création d’un archive unique dans son genre.

Tout le monde sait que, ces dernières années, la politique agressive du gouvernement pour l’exploitation des ressources naturelles est de plus en plus incompatible avec les garanties et les mécanismes démocratiques prévus pour créer un environnement respectueux des droits humains en général et en particulier de ceux liés à l’environnement.

Dans ce contexte, le travail des organisations de la société civile dont nous faisons partie et qui mettent en cause l’augmentation des concessions pétrolières et minières dans des zones protégées et les territoires des populations indigènes, est une cible d’attaques systématiques: dénonciations publiques, harcèlements fiscaux, économiques et administratives ainsi que d’autres menaces de tout genre.

Ces dernières années, le CEDIB a lutté pour pouvoir poursuivre son travail malgré des actions continuelles destinées à détruire notre existence économique et juridique légale. Nous en citons les plus importantes ci-dessous, non sans d’abord souligner que ces actions se font d’une manière de plus en plus agressive.

  • Harcèlement et attaques administratives par diverses instances
  • Dénigrement et menaces publiques par de hautes autorités du pouvoir exécutif
  • Incertitude juridique puisque la procédure de renouvellement de notre statut juridique dure déjà trois ans et n’est pas encore close.

Nous déclarons publiquement, que dans tous les cas, malgré le harcèlement administratif abusif, et l’énorme effort impliqué dans la révision des documents et archives remontant à des décennies, nous avons toujours été en mesure de démontrer que nous avons accompli toutes nos obligations.

Nous croyons que lorsqu’il s’est avéré qu’ils ne sont pas arrivés à leur but de cette manière, les responsables ont dû chercher de nouveaux moyens pour nous attaquer. Au début de l’année, M. Juan Ríos, qui ne cache pas son affinité avec le gouvernement, a profité de sa position de recteur de la UMSS (Universidad Mayor de San Simón – Cochabamba) pour procéder à notre expulsion forcée du siège où notre fonds documentaire sur le patrimoine a été archivé.

Bien que le coup fut dur, la volonté de l’équipe, ainsi que la solidarité nationale et internationale nous ont permis de continuer à travailler et de retrouver une activité normale. Cependant, vers la fin de l’année, on nous informe qu’une instruction sur la comptabilité de notre organisation est en cours et que nos comptes bancaires sont gelés de façon préventive.

Ces mesures affectent principalement les droits des travailleurs du CEDIB. La plupart des fonds immobilisés (environ 83%) correspondent aux salaires et aux avantages sociaux de l’équipe de travail, la plupart d’entre eux étant des femmes chefs de ménage. Cette mesure est abusive étant donné que le montant réclamé dépasse la valeur des actifs immobilisés et, en plus elle nous met dans une situation de vulnérabilité étant donné que nous risquons des amendes si nous ne respectons pas nos obligations.

Enfin, nous sommes sûrs que ces attaques s’inscrivent dans un contexte de harcèlement croissant des défenseurs des droits humains et de la Nature en Bolivie ; cela va d’actions violentes dans les territoires des populations indigènes jusqu’à la division et à la prise en main d’organisations qui résistent aux projets extractivistes et jusqu’à l’adoption d’une loi qui restreint la liberté d’association pour les organisations qui ne s’alignent pas sur politiques gouvernementales.

À tous les amis et amies et défenseurEs des droits de l’homme et de l’environnement, nous demandons de nous soutenir en ce moment difficile. Nous demandons la cessation du harcèlement du CEDIB, que des garanties soient accordées pour assurer un procès équitable qui respecte notre droit à la défense, ainsi que le dégel de nos comptes afin de ne pas affecter les droits et les moyens de subsistance des travailleurs CEDIB.

Néanmoins, nous déclarons être décidés de continuer à travailler et de lutter pour notre droit d’exister, de faire des recherches et de mener des débats, car c’est la meilleure contribution que nous puissions apporter à notre pays. Nous ne voulons carrément pas accepter de vivre dans un pays où la recherche, la libre pensée et la défense des droits humains sont un crime. Nous allons marcher ensemble avec ceux et celles qui défendent leur territoire et leur mode de vie.

Cochabamba, 8 décembre 2017

 

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