Lors d’une mission en mars dernier au Burkina Faso auprès de son partenaire ARFA, l’ASTM a pu faire le point sur l’avancement du 6ème programme d’ARFA et de la situation générale dans le pays.
Après le soulèvement populaire en automne 2014, lequel avait mené à la chute du Président Blaise Compaoré et à la mise en place d’un gouvernement de transition, le calme est revenu dans le pays et les attentes de la population sont grandes. Un certain nombre de cadres au sein de l’administration publique et des entreprises étatiques a été remplacé, mais dans un espace de temps aussi court, des améliorations tangibles pour la population sont difficiles à réaliser. Ainsi, pour répondre à une certaine impatience des gens, le gouvernement a pris quelques mesures directes comme la subvention du prix de l’essence.
De façon générale, on a l’impression que la population, forte de son succès de l’année dernière, a retrouvé le goût de se mobiliser en faveur de ses droits et de participer à des manifestations et des marches. Un des prochains rendez-vous, qui sera un test de la volonté de la population de se mobiliser, sera la marche contre l’introduction des organismes génétiquement modifiés (OGM) et contre l’entreprise semencière Monsanto le 23 mai à Ouagadougou.
Visite chez ARFA
L’objectif de la mission au Burkina Faso était de s’échanger avec notre partenaire ARFA (Association de Recherche et de Formation Agro-écologique). Le programme triennal en cours a démarré en janvier 2014. Comme lors des programmes précédents, ARFA utilise les techniques de l’agro-écologie afin d’améliorer la fertilité des sols et de maintenir l’humidité sans recourir à des intrants chimiques : par le compostage, la rotation des cultures, le paillage, et autres. Ces méthodes permettent une augmentation de la production agricole à la portée de tous et sans nuire à l’environnement.
Les nouveautés dans le sixième programme concernent surtout l’élevage : il comporte un volet pour la construction de poulaillers et de fenils. Bien que presque chaque paysan possède quelques poules et un peu de bétail, peu d’attention a été portée jusqu’ici à l’élevage : il y a peu d’investissement en argent et en temps de travail pour rendre l’élevage plus rentable. Les animaux se dispersent dans la nature et cherchent eux-mêmes leur nourriture ce qui a plusieurs conséquences négatives. La mortalité des poussins est très élevée et le bétail, en cherchant à se nourrir, produit des dégâts considérables dans les forêts et les champs. En plus, les déjections animales peuvent difficilement être utilisées pour le compostage, car elles se retrouvent un peu partout dans la nature.
Le défi est donc de travailler sur un changement d’habitudes et de mentalités. Un poulailler permet de protéger les poussins et à séparer les poules selon leur âge. L’investissement initial est assez élevé, surtout pour des producteurs qui ne sont pas habitués à dépenser dans ce domaine. Par contre, il assez vite rentabilisé.
En ce qui concerne le bétail, il s’agit de construire un enclos pour empêcher au moins une partie du troupeau de se répandre dans la nature. En parallèle, les paysans sont amenés à produire des bottes de foin pendant la saison de pluie pour nourrir le bétail en période sèche. Ceci réduit également la pression nocive sur les forêts.
Foire agricole de Niessega
ARFA continue dans son sixième programme la promotion de l’agriculture biologique et la sensibilisation de la population. Un des moments importants du programme était l’organisation d’une foire agricole à Niessega, qui s’est déroulée pendant la visite de l’ASTM. La foire a permis aux producteurs de se présenter et de vendre leurs produits. Elle a aussi servi à améliorer les relations publiques d’ARFA. Un reportage sur la télévision nationale a été réalisé et le gouverneur de la région a visité la foire et un des sites agro-écologique accompagné par ARFA. Un des moments phares pour la population était une soirée de sensibilisation de la population des villages de la région par une pièce de théâtre sur les dangers des pesticides. Presqu’un millier de villageois s’était mobilisé pour assister au spectacle. La même soirée, le documentaire sur ARFA qui a été tourné par l’ASTM fin 2013, a été montré. Le film a connu un grand succès et a suscité beaucoup de débats, surtout quand les membres de leur propre communauté ont pris la parole dans le film. Les lecteurs intéressés peuvent le regarder également sur notre site internet (1).
Bioprotect
La recherche scientifique d’ARFA, qui vise à trouver des alternatives biologiques aux pesticides chimiques, a mené à la création d’un Groupement d’Intérêt Economique (GIE) indépendant, appelé Bioprotect. Son laboratoire se trouve au siège d’ARFA à Fada N’Gourma.
Bioprotect propose des solutions innovantes pour sécuriser et augmenter les récoltes, tout en respectant les hommes, les plantes et les sols. Il a engagé des programmes de recherche et développement avec des laboratoires nationaux et français de la recherche publique et privée. Les produits développés sont un élément important de l’approche d’ARFA. Il est essentiel qu’ARFA puisse proposer des solutions concrètes, non chimiques, pour réagir lors des attaques de différents ravages et lors de maladies de sols. Le Plantsain, par exemple, est un engrais innovant qui contient des arômes extraits du champignon bénéfique Trichoderma harzianum. Le Plantsain fluidifie la sève et les vaisseaux en prévenant les encombrements par des champignons pathogènes. Il améliore ainsi le métabolisme des plantes et protège contre les agressions de pathogènes.
Conseil National de l’agriculture Biologique (CNA-Bio)
L’agriculture biologique existe au Burkina depuis plus de 20 ans, mais est tournée quasi exclusivement vers l’exportation. La certification par des tiers, très coûteuse, ne permet pas aux producteurs de certifier leurs produits biologiques pour le marché national. L’absence d’un cadre organisé des acteurs concernés et l’absence d’un référentiel national de production et de transformation sont deux contraintes majeures pour le bio local.
Face à ces constats, l’ASTM avait financé à travers ARFA les préparations et les démarches nécessaires pour la création d’un réseau national. Le CNA-Bio a été créé officiellement le 31 mars 2011 et vise à développer la filiale de production biologique du producteur jusqu’au consommateur au Burkina Faso. La présidence CNA-Bio exercée par ARFA a été renouvelée lors de la dernière assemblée générale en février 2015 jusqu’à 2017. Bien qu’encore très jeune, le réseau est très dynamique, ce qui se manifeste entre autres dans une forte mobilisation des membres pour payer leurs cotisations. Le CNA-Bio assurera également en 2015 la coordination de la marche nationale contre Monsanto et l’introduction des semences OGM de maïs au Burkina.
L’ASTM évaluera les prochains mois la pertinence et la possibilité d’entrer en partenariat direct avec le réseau CNA-Bio.
Charel Schiltz est membre de l’ASTM.
(1) http://astm.lu/documentaire-sur-notre-partenaire-arfa-au-burkina-faso/




