20.04.18

Le nouveau Brennpunkt vient de paraître!

Dans le Brennpunkt Drëtt Welt 301 vous trouverez le dossier spécial “La société civile – dernier rempart contre les multinationales” avec quatre articles : “Des poursuites bâillons pour limiter la liberté d’expresion”, “Apple n’a pas réussi à nous bâilloner”, “La société civile refuse l’intimidation” et “Multinationales: batailles de l’information et contre pouvoirs”. Au niveau international, c’est différents sujets qui sont traités: “L’avenir du travail au Sud”, “Le Venezuela, une dictature ?”, “Les enfants privés d’école” etc.

L’éditorial introduit le sujet du dossier spécial avec un article intitulé “Bâilloner pour intimider”. En fait, depuis quelques années, on note une augmentation du nombre des procès intentés par les multinationales contre des organisations de la «société civile».  Lisez l’éditorial signé Richard Graf, président de l’ASTM.

“Bâilloner pour intimider”
Depuis quelques années, le nombre des procès intentés par les grandes sociétés internationales contre des associations membres de la «société civile» va croissant. Les multinationales, qui souvent sont des « transnationales » car leur centre de décision se trouve dans un des pays économiquement forts plutôt au Nord alors que leur terrain d’opération s’est globalisé, voient d’un mauvais œil les activités des militant-e-s d’organisations qui elles aussi ne limitent pas leur champs d’activité à leur localité, leur région ou leur pays.

En lisant les contributions du dossier « Société civile, dernier rempart contre les multinationales » de la présente édition du Brennpunkt, on pourrait penser qu’une sorte de « guerre à basse intensité» est en cours.

La lutte contre certains méfaits des multinationales n’est pas nouvelle. Qui ne se rappelle pas de la campagne phare « Nestlé tue des bébés » des années 1970, après un rapport accablant de l’ONG britannique War on Want, où un comité d’action suisse attaquait ouvertement la multinationale alimentaire dont le siège décisionnel se trouve justement dans ce petit État si attractif pour des sociétés actives sur le globe entier.

La campagne fut un énorme succès, en partie aussi parce que Nestlé, au lieu de s’expliquer sur sa politique de commercialisation du lait en poudre dans les pays du Sud, poursuivait les membres du groupe d’action suisse pour diffamation. Si le procès fut gagné par la multinationale – chacun des signataires de la brochure accompagnant la campagne devait payer à l’époque 300 francs suisses – Nestlé a dû faire marche arrière : dans son jugement le président du tribunal n’avait pas omis d’exposer que grâce à un slogan discutable des faits encore plus discutables avaient pu être mis en lumière, et que Nestlé aurait intérêt à y remédier au plus vite.

40 ans plus tard, si le style des luttes a un peu changé, les rapports de force eux n’ont guère évolués. L’instrument des procès contre des associations,des individus mais aussi des chercheur-e-s et des journalistes semble donc vivre une renaissance. L’objectif de tels poursuites sur le plan juridique est moins de « gagner » des procès, mais plutôt d’intimider, voire de bloquer le travail de ceux qui tentent de dévoiler et de dénoncer les façons d’opérer des multinationales – souvent inconnues du public dans les pays où se trouvent les centres décisionnels et où il faudrait placer le levier pour apporter un réel changement.

Si l’on peut – ou doit même – espérer que cette « guerre à basse intensité » sera remportée par celles et ceux qui mettent au centre la lutte pour un monde plus juste plutôt que la maximisation de leur propre profit, il faut rester vigilant et mettre tout en œuvre pour ne pas se faire diviser au sein de la société civile. Le divide et impera fait toujours recette, et en isolant les attaques et les individus, la puissance des grandes sociétés se voit multipliée. D’où l’intérêt de la société civile de se rassembler et de revendiquer certains principes : davantage de transparence et de vigilance concernant les activités des sociétés qui ont leur siège dans nos pays.

Mais lutter n’est pas une fin en soi : il s’agit de mettre en place des instruments juridiques qui forcent les sociétés à veiller à ce que leurs activités n’aillent pas à l’encontre des principes inscrits dans les textes fondamentaux comme la déclaration des droits humains ou des accords internationaux sur la gestion durable des ressources naturelles. Il s’agit aussi de renverser – pour ainsi dire – l’obligation d’apporter des preuves. Actuellement, ce sont les organisations de la société civile qui doivent trouver et prouver via leurs partenaires au Sud les cas de violation des préceptes énoncés ci-dessus. Un processus difficile et dangereux à la fois : Dans les pays où les violations des droits humains sont à l’ordre du jour, la guerre contre ceux qui veulent les dénoncer n’est pas « à basse intensité» mais bien plus brutale et bien souvent meurtrière.

Dénoncer les poursuites « baillons » menées dans le but d’intimider n’est donc qu’une étape dans une stratégie qui vise à bâillonner à leur tour les vrais responsables – mais une étape importante et probablement décisive.

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