12.10.17

Le nouveau Brennpunkt Drëtt Welt est sorti – Une édition spéciale Afrique en collaboration avec SOS Faim

La dernière édition du Brennpunkt Drëtt Welt, qui a été réalisée en collaboration avec SOS Faim Luxembourg, se penche sur le développement, les investissements et les migrations… les fausses solutions imposées aux Africains…

Une fois n’est pas coutume, cet été le continent africain fut au centre des préoccupations des dirigeants mondiaux. A la recherche de solutions pour soutenir l’économie africaine et plus encore pour arrêter les migrations vers l’Europe, les tout-puissants s’entendent autour d’un leitmotiv : encourager les investissements privés dans les pays africains en guise d’aide au développement. Cette idée ne date pas d’hier et pourtant, l’Afrique reste durement touchée par l’extrême pauvreté qui pousse des milliers de personnes sur les chemins périlleux de la migration clandestine. Sans compter que, dans les pays industrialisés, les politiques de coopération voient de plus en plus leurs principes dévoyés par des préoccupations électoralistes qui tendent à motiver leur programme d’aide au développement par l’arrêt des migrations aux portes de l’Europe, comme le déplorent certains articles à lire dans ce numéro.

Lire l’édito “Développement, investissements, migrations : les fausses solutions imposées aux Africains…” 

” Ce que l’on oublie trop facilement c’est que d’exportatrice nette au moment des indépendances, l’Afrique est devenue importatrice nette de denrées agricoles suite aux politiques d’ajustement structurels et au retrait des financements publics consécutifs à ces politiques dictées de l’extérieur. Privés de ressources publiques, les Etats africains ont été encouragés par la Banque Mondiale à se tourner vers des partenariats entre pouvoirs publics et entreprises privées. Présentés comme des solutions miracles pour l’agriculture africaine, ces partenariats suscitent un nombre croissant d’initiatives lancées par les pays du G20 : de Grow Africa, à la NASAN en passant par le plan Marschall pour l’Afrique.

Qu’on ne s’y trompe pas : plusieurs années de recul prouvent que cette solution « entrepreneuriale » n’est en aucun cas adaptée à la réalité paysanne de l’Afrique subsaharienne où l’agriculture paysanne familiale représente 70% de l’emploi, 40% des exportations de marchandises, 33% du PIB, tout en nourrissant 80% de la population. Alors qu’un certain nombre d’exemples ont mis en lumière ces échecs, la Cnuced a souligné le « nécessaire équilibre entre l’investissement public et privé pour créer une dynamique d’accélération, et estime que l’investissement public devrait se situer entre 8% et 11% du PIB pour contribuer réellement et durablement à la croissance ». C’est l’investissement public qui doit rester à la manoeuvre pour que le continent africain accède à la souveraineté alimentaire et nourrisse sa population, et les multiples montages favorisant la prise d’intérêts privés pour dissimuler le retrait progressif des investissements publics ne fera que mettre davantage en évidence l’échec de solutions inadaptées aux populations cibles. Le rôle de leadership de l’Etat a par ailleurs été affirmé à plusieurs reprises par Madame Hadizatou Rosine Coulibaly/Sory, ministre de l’Économie, des Finances et du Développement du Burkina Faso lors des Assises de la coopération qui se sont tenues il y a quelques jours sur le thème des partenariats multi-acteurs. Malheureusement, malgré ses affirmations en faveur d’une meilleure cohérence des politiques pour le développement, Luxembourg, à travers sa place financière, se fait également complice de fonds qui instrumentalisent la lutte contre la faim aux seuls profits de leurs investisseurs, comme l’a révélé l’enquête diffusée en Allemagne par l’émission Monitor
de la chaine ARD : si l’« Africa Agriculture and Trade Investment Fund » (AATIF ) initié par le Ministère allemand de la Coopération avec 75 millions d’euros et géré par la Deutsche Bank est hébergé au Luxembourg, c’est que la législation allemande n’offrait pas les mêmes possibilités. En affichant comme objectif officiel « d’utiliser le potentiel agricole africain pour lutter contre l’extrême pauvreté, créer des emplois et augmenter les revenus des paysans et des travailleurs », ce fonds est loin de porter les fruits annoncés et contribue plutôt à chasser les petits paysans de leur terres et à les priver de ressources sans leur offrir d’emplois, comme l’a dénoncé Justin Turpel dans son article révélateur paru dans le Woxx début août.

Le temps est donc venu de s’interroger de l’intérieur sur cette place financière par laquelle le Luxembourg sape les efforts réalisés par sa politique de coopération au développement. Sur ce thème comme sur bien d’autres, la sortie de la troisième édition du Fair Politics, réalisé par le Cercle en collaboration avec les ONG membres, éclaire sur les manquements politiques d’un Etat qui se vante par ailleurs d’être parmi les tous premiers pays à attirer les investissements étrangers, notamment grâce aux poids lourds (Amazon, ArcelorMittal, BGL , etc…) qui y ont élu domicile…

*auteurs : Richard Graf, président du conseil d’administration de l’ASTM et Thierry Defense, directeur de SOS Faim Luxembourg.

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