18.04.18

« La terreur de la loi martiale à Mindanao est une réalité » – Enquête de notre partenaire KMP aux Philipinnes

Suite à de nombreux conflits et violations graves de droits humains sur l’île de Mindanao au Sud des Philipinnes après l’instauration de la loi martiale en 2017, le mouvement paysan KMP, organisation partenaire de l’ASTM depuis 1999, a organisé du 6 au 9 avril une mission d’enquête et de solidarité dans trois régions de l’île. La loi martiale, instaurée en mai 2017 dans la ville de Marawi dans le cadre d’une opération de l’armée et de la police contre des groupes de militants locaux ayant des liens à l’Etat islamique, avait été prolongée jusque fin 2018 alors que cette extension constitue une violation de la Constitution de 1987.

La terreur de la loi martiale est une réalité
Le rapport de la mission d’enquête de KMP montre clairement comment le Gouvernement de Président Duterte utilise la loi martiale pour combattre la lutte des paysans pour le droit à la terre. Avec cette campagne de militarisation et répression il cherche à mettre fin à l’opposition populaire aux grands projets dits de développement des grandes entreprises nationales et étrangères qui vont à l’encontre des communautés paysannes et indigènes.

Les enquêteurs ont constaté une nette hausse des violations des droits humains commises par l’armée, la police philippine et des groupes paramilitaires depuis l’imposition de la loi martiale. « Le terreur de la loi martiale à Mindanao est une réalité » a confirmé Danilo Ramos, président de KMP.

Violations des droits humains et harcèlements de la population
Entre les cas documentés de violations figurent des exécutions extrajudiciaires, des arrestations sur base d’accusations fabriquées, des menaces, des déplacements forcés et l’extorsion. 11 exécutions extrajudiciaires et plus de 500 cas de déplacement ont été rapportés depuis l’imposition de la loi martiale. La plupart des victimes sont des membres d’organisations paysannes, leurs dirigeants et des défenseurs engagés dans la lutte pour le droit à la terre. La plupart des attaques sont perpétrées par des assassins masqués dans les maisons des victimes ou dans leurs champs, souvent en présence des membres de leur famille; une partie des assassins sont connus comme étant membres des unités militaires stationnées dans la région.

Des harcèlements de la population sont également à l’ordre du jour: l’armée occupe régulièrement des infrastructures civiles telles que des écoles et mairies et installent des barrages pour empêcher le transport des biens économiques et de nourriture. Une participante à la mission d’enquête organisée par KMP, la religieuse australienne, Sr. Patricia Fox, qui s’engage pour les droits des paysans aux Philippines depuis beaucoup d’années, a été arrêtée le 16 avril au Bureau d’immigration pour avoir participé à la mission. Entre temps, elle a été relâchée.

Suite à la mission, les participants ont recommandé l’introduction d’une plainte contre l’état philippin relative aux violations des droits humains perpétrées contre la population. Dans le cas où le gouvernement n’agirait pas, il est prévu de présenter une plainte auprès de la Cour Pénale Internationale et de la Commission des droits de l’homme de l’Organisation des Nations Unies.

 

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