08.08.14

Gaza 2014: Comment l’Europe aide Israël à tuer

Intervention de Jean Feyder lors de la manifestation organisée par le CPJPO le 7 août 2014

 

Les crimes commis par Israël ces dernières semaines à Gaza n’auraient pas été possibles sans les complicités des Etats occidentaux, américaines en premier lieu, mais européennes également.

Sur ce plan militaire, de graves complicités existent entre l’Europe avec Israël à travers la coopération menée par 13 des 28 Etats membres en particulier par la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, l’Espagne, la Pologne et la Belgique. La valeur des licences d’exportation d’armes vers Israël émises par des gouvernements de l’UE est passée de 157 millions d’euros en 2011 à 630 millions en 2012, soit une augmentation de 290 %. Certains spécialistes estiment que la valeur réelle de cette coopération s’élève à des milliards d’euros et non pas à des centaines de millions.

La coopération militaire, surtout nucléaire, s’est développée entre la France et Israël à partir de 1956. Elle a été suspendue sous de Gaulle en 1967 avant d’être relancée sous le Président Sarkozy. Elle fonctionne grâce à un des empires économiques en France, comme le groupe Lagardère. Il s’agit d’un empire d’abord médiatique. Il contrôle des télés comme MCM, des radios comme Europe 1, RMF, des quotidiens comme France Dimanche, le Journal du Dimanche, Nice-Matin, des magazines, comme Paris Match, Marie-Claire, Télé 7 Jours, Elle, des maisons d’édition comme Hachette et Grasset.

Mais Lagardère est aussi un énorme marchand d’armes avec EADS, principal consortium militaire européen. EADS contrôle aussi Airbus. La société EADS collabore étroitement avec Israël Aircraft Industries, spécialisée dans la fabrication de drones. Ce partenariat opère avec la coopération de l’Etat français dont la Direction Générale de l’Armement (DGA) a mis sur pied un programme de deux milliards d’euros prévoyant la fabrication de 40 drones pour l’Europe. A quoi servent ces avions sans pilote ? A espionner la population palestinienne pour préparer les attaques de l’armée israélienne. Mais l’opération à Gaza nous a montré que certains de ces drones sont équipés de charges et frappent des cibles au sol. Les dernières semaines nous ont montré l’horrible efficacité de cette coopération dans la fabrication et la mise au point de ces engins de mort et de destruction. J’y reviens dans un instant.

Je passe à l’Italie. Sans doute plus que tout autre pays européen, l’Italie a offert un soutien concret à la dernière attaque israélienne sur Gaza. Quand les massacres ont commencé, début juillet, elle a offert deux avions d’entraînement à réaction M-346 à Hatzerim, une base aérienne dans le Néguev. Ces avions de guerre – les plus « avancés » de leur type, selon leurs fabricants – sont utilisés pour l’entraînement des pilotes dans des opérations simulant celles qui ont été exécutées durant le mois passé aux dépens de 1.800.000 Gazaouis.

Les deux avions sont les premiers d’un lot de trente avions d’entraînement M-346 achetés par Israël en 2012 à Alenia Aermacchi, une firme du Finmeccanica Group, le premier fabricant d’armes italien. Ils font partie d’un marché public « réciproque » qui favorise largement Israël. Les 28 avions restant doivent être livrés en 2016.

La Sardaigne a l’intention d’accueillir un exercice militaire multinational en septembre prochain. L’armée de l’air israélienne – celle qui a bombardé les femmes et les enfants à Gaza – doit y participer.

L’Allemagne mène une coopération militaire avec Israël depuis les années 1950. Elle a, au cours des dernières années, fourni à Israël des équipements pour les chars israéliens Merkava 3 et Merkava 4 qui ont occupé le Liban Sud en 2006 et Gaza déjà en 2009. Elle a livré également des batteries de défense anti-aérienne du type Patriot. D’autres domaines de coopération couvrent les équipements de communication et les systèmes électroniques et optiques. Cette coopération a toujours été gardée largement secrète. Ce que le prix Nobel de littérature Günther Grass a voulu dénoncer il y a deux ans lorsqu’il a écrit dans la Süddeutsche Zeitung ce qu’il faut dire « Was gesagt werden muss ». Il a voulu y révéler qu’Israël est une puissance nucléaire qui menace la paix mondiale et il a mis en cause la livraison par son pays de sous-marins à Israël susceptibles d’être ensuite équipés de têtes nucléaires. Une complicité pourrait découler pour l’Allemagne en cas d’attaque nucléaire préventive d’Israël contre l’Iran, a-t-il averti.

Berlin et Tel-Aviv ont conclu en 2005 un contrat de vente de sous-marins conventionnels de type Dolphin, dont un sixième exemplaire était sur le point d’être livré. Grass avait dénoncé le “silence généralisé” qui pèse sur cette question, évoquant un “mensonge pesant” parce que “le verdict d’antisémitisme tombera automatiquement” sur qui le rompra. Cet écrit de Grass avaient déclenché une vaste polémique en Allemagne.

S’agissant du Royaume Uni, une collaboration étroite existe entre le gouvernement britannique et l’occupant israélien. Celle-ci passe en particulier par une coopération avec la société d’armement israélienne Elbit.Elbit Systems est le plus gros producteur d’équipement pour les drones. Il est le premier exportateur mondial d’avions sans pilote.

Le drone Hermès d’Elbit est le plus utilisé par l’armée israélienne, surtout dans la bande de Gaza, où le 450, équipé de 2 missiles à moyenne portée, a été largement utilisé contre la population civile gazaouie.

Le matériel pour drones fabriqué dans cette usine de Birmingham a été exporté vers Israël en 2010, 2011 et 2012, et ces drones sont utilisés dans les massacres en cours à Gaza, notamment l’Hermes 450, qui a déjà fait de multiples victimes pendant l’attaque « Plomb Durci » en 2008/2009 .

Comme la plupart des entreprises d’armement israéliennes, Elbit tire profit de l’occupation israélienne en Palestine ; l’industrie israélienne « de protection de la patrie » utilise cette dernière comme laboratoire pour tester les perfectionnements de ses méthodes d’occupation et de contrôle, et les Palestiniens comme cobayes involontaires.

Cette technologie israélienne est ensuite vendue à des régimes qui s’intéressent aussi à la répression des pauvres et des marginaux : par exemple les USA, où Elbit a remporté un contrat lucratif de 155 millions de dollars US pour fournir des techniques de surveillance à la frontière entre le Mexique et l’Arizona.

Comble de la perversion du système, aux Bourses américaines, les actions d’Elbit se négocient à la hausse depuis le début de la dernière offensive israélienne contre la Bande de Gaza. Leur cours a augmenté de 6,1%.

J’ajoute que cette toute coopération militaire des Européens se fait en violation d’un Code de conduite de l’Union européenne, devenu position commune en 2008 et par là juridiquement contraignant. Selon cette position commune, « Les États membres sont déterminés à empêcher les exportations de technologies et d’équipements militaires qui pourraient être utilisés à des fins de répression interne ou d’agression internationale, ou contribuer à l’instabilité régionale »Parmi les huit critères y énumérés figure le « respect des droits de l’homme dans le pays de destination finale » et le « respect du droit humanitaire international par ce pays ». Un autre critère fait état de la «  préservation de la paix, de la sécurité et de la stabilité régionales ».[1]

La répartition des exportations par destinataires étant rendue publique, il apparaît que depuis l’année 2001 et sur une période de huit ans 20 États de l’UE ont exporté, à des degrés divers, du matériel militaire en direction d’Israël. Parmi ces 20 Etats figure le Luxembourg avec une licence accordée. La France totalise 50 % des exportations[2]. Tout cela montre à quel point l’hypocrisie de l’Europe est flagrante.

Seul point positif : le gouvernement espagnol a décidé de suspendre provisoirement sa coopération militaire avec Israël. Le Royaume-Uni annonce vouloir revoir ses licences d’exportation militaires.

Stop à toute coopération militaire européenne avec Israël

Il faut savoir qu’Israël ne peut agir tout seul, mais seulement avec le soutien de gouvernements et de multinationales qui ont des noms et des adresses. Il est temps, estime un groupe de militants BDS britannique, que le mouvement de solidarité avec la Palestine passe à la vitesse supérieure dans ses actions contre ceux qui soutiennent Israël de la sorte et profitent de l’apartheid israélien, afin d’isoler ce dernier.

Sans titreNeuf militants anglais de ce groupe, agissant dans le cadre de la campagne BDS, ont donné l’exemple. Ils ont occupé le toit de la firme Elbit près de Birmingham. Ils ont fermé l’usine d’armes israélienne.

Ils exigent que le gouvernement britannique cesse sa collaboration militaire avec Israël et que l’usine Elbit Systems, plus gros producteur d’équipement pour les drones, soit définitivement fermée.

« Quand nos gouvernants soutiennent des crimes contre l’humanité, c’est à la société civile d’agir » , déclarent-ils dans un communiqué.

Ce sont ces drones, ajoute ce communiqué, qui ont été testés en massacrant des Palestiniens que le gouvernement britannique achète. Le premier ministre David Cameron a du sang palestinien sur les mains, et il est urgent qu’il cesse d’encourager l’occupation, l’apartheid et le colonialisme israéliens en décrétant immédiatement un embargo militaire sur Israël, à commencer par ces drones qui sont un élément clé de l’arsenal de mort israélien.

Je termine en rappelant que dans le récent appel que le Comité a adressé à notre Gouvernement nous lui demandons également de s’engager en faveur d’un arrêt de toute coopération militaire avec Israël et nous pourrions ajouter que cette demande est également faite en application de la position commune de 2008. Que l’Europe respecte enfin ses propres lois !

 

 

feyderJean Feyder

Membre du CA du CPJPO et de l’ASTM

 

 

 

 

[1] http://tribunalrussell-france.over-blog.org

[2] Ibid.

 

Share this: