18.12.13

Editorial BP280 (décembre 2013)

coverbp280La contre-information

Difficile, à l’époque de facebook et twitter, de comprendre que la communication peut être un processus lent et coûteux. Lent, dans la mesure où les idées qu’on veut partager prennent non pas des millisecondes mais parfois des semaines à trouver leur chemin pour atteindre le „public“. Cher, parce que, dès qu’on sort du „mainstream“, il n’existe guère de médias disposés à transporter l’information et l’analyse qu’on s’est donné la peine de faire et qu’il faut donc s’y mettre soi-même.

Dans les années „post 1968“, les monopoles des médias faisaient que les „nouveaux mouvements sociaux“ – peu importe s’ils parlaient de questions d’environnement, d’égalité entre les sexes, de droits des minorités ou de solidarité internationale – avaient énormément de problèmes à se faire entendre. Au Luxembourg plus particulièrement, certaines des préoccupations de ces mouvements n’étaient tout simplement pas prises au sérieux. Pire encore : En l’absence d’une université et des milieux connexes, certains débats étaient carrément étouffés par une politique délibérée qu’en allemand on appelle précisément le „Totschweigen“.

On avait bien à croire que la vérité finit toujours par éclater, le Luxembourg avait pris quand-même quelque retard par rapport à ses voisins. Les activistes, qu’on affublait d’attributs tels que „politiques“, „de gauche“ voire „professionnels“, commençaient à perdre leur calme. Les nouveaux moyens de communication – la radio et surtout la télé – n’étant pas à la portée de monsieur et madame tout le monde, il ne restait que les bons vieux pamphlets „polycopiés“ pour les uns, imprimés pour les plus fortunés.

Au fur et à mesure que certains mouvements se stabilisaient et que leurs messages commençaient à intéresser un plus grand nombre de personnes, on passait à un rythme régulier et parfois on décidait même de publier une véritable „Zeitung“ – avec la promesse d’une certaine périodicité. Au cours des années 1960, 1970 et 1980, beaucoup de ces titres ont vu le jour, très peu existent encore à l’heure actuelle.

Une de ces revues qui ont tenu le coup – tout en se donnant de temps en temps des orientations nouvelles et en se „professionnalisant“ – est le „Brennpunkt Drëtt Welt“.
Il s’avère que, par rapport à l’idée initiale, les motivations ont bien changé. Il n’est plus question de combattre des monopoles d’information, mais plutôt de contrer la surinformation. Il s’agit de faire des analyses là où l’information vite faite mène à des conclusions erronées. De donner aux actrices et acteurs de la société civile les renseignements et arguments nécessaires pour leur travail de sensibilisation. De tenir informé le milieu politique des préoccupations des ONGD, à l’heure où les questions de développement connaissent de nouveaux défis, sans que pour autant les anciens aient tous trouvé une solution satisfaisante.

Après quatre décennies de parution, la question du pourquoi d’une revue ne se pose en principe plus. „Si elle n’existait pas, il faudrait l’inventer“ , me signalait un de ces jours un lecteur. Mais est-ce qu’on se lancerait vraiment dans la même expérience aujourd’hui ? Difficile à dire, car le presse écrite est partout en perte de lectorat et pour atteindre le plus grand nombre de personnes de nouveaux moyens bien plus efficaces existent.

Néanmoins, lorsqu’il s’agit d’expliquer en détail tel ou tel phénomène, ou d’analyser les vraies causes de la pauvreté dans différentes régions du monde, les 140 signes d’un tweet, le post sur facebook et la une de la page internet ne suffisent pas. Le print reste lent et coûteux, mais il donne l’opportunité de prendre le temps nécessaire pour ne pas perdre de vue l’essentiel dans une marée d’informations de moins en moins contrôlable.

Richard Graf

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