26.07.17

Assemblée Générale – 2016, une année sous le couvert d’évaluations externes et de changement

Retrouvez l’article publié dans le dernier Brennpunkt sur l’Assemblée Générale 2016 de l’ASTM, et la nouvelle composition du Conseil d’Administration de l’association.

“Comme de coutume, l’Assemblée Générale ordinaire de l’Action Solidarité Tiers Monde – ASTM – s’est tenue en deux temps. L’association s’était donnée rendez-vous le mercredi 29 mars pour la partie statutaire avec l’adoption des rapports financiers et moraux du CA alors que le mardi 4 avril était consacré aux rapports des activités passées et des perspectives pour les années à venir.

Dans son rapport moral, le président du conseil d’administration, Richard Graf, a tenu à remercier l’équipe des salariés et des bénévoles d’avoir réalisé tous les programmes et activités prévus au courant de l’année écoulée malgré des vacances de postes, des imprévus, des préoccupations liées aux négociations autour des implications du Zukunftspak ainsi que des difficultés rencontrées par les partenaires Sud de l’ASTM. Il note que la présence de l’ASTM dans les médias s’est encore renforcée au courant de cette année.

Dans son bilan financier de l’exercice 2016, le trésorier, Pierre Schmit, a présenté les caractéristiques principales de l’exercice passé. Le bilan et les comptes des pertes et profits de l’exercice 2016 révélaient que, malgré la vacance de certains postes, le budget 2016 des différents programmes a été bien géré. Les dépenses globales de l’association ont atteint 2.762.531 euros, dont 1.616.216 euros ont été affectés aux actions de solidarité au Sud, c’est-à-dire en faveur des 31 organisations partenaires soutenues dans 13 pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Les dépenses des activités de sensibilisation et d’éducation au développement au Luxembourg ont atteint 730.338 euros, dont 259.492 euros pour les activités « Nord-Sud » dans les Communes de l’Alliance pour le Climat (Klima-Bündnis). Côté recettes, les dons et contributions d’origine privée se sont élevés à 244.694 euros, montant auquel il faut ajouter les 255.893 euros de contributions des communes et d’autres ONG pour les différentes activités. L’année s’est clôturée par un déficit de 31.573 euros, contre 40.512 euros en 2015, qui a du être comblé par les fonds associatifs. Le comité financier de l’ASTM a réitéré à cette occasion la nécessité d’augmenter les recettes d’origine privée afin de pouvoir maintenir le niveau des activités tant en ce qui concerne le soutien aux partenariats au Sud que le travail de sensibilisation au Nord. Le bilan et le compte de profits et pertes ainsi que les annexes ont été approuvés, sous réserve du rapport du réviseur et seront remis aux bailleurs de fonds publics. Décharge a été donnée aux membres du conseil d’administration.

Les activités de sensibilisation du public luxembourgeois et d’éducation au développement (ED) se sont poursuivies dans la lignée de l’année européenne pour le développement, répondant aux nombreuses demandes résultant de cette année spéciale et des collaborations entamées. Malgré des postes vacants en 2016 et l’évaluation externe de ses programmes d’action, l’ASTM a honoré les engagements pris pour ses programmes de sensibilisation et d’éducation au développement 2015-2017. Quelques évènements et activités ont marqué cette année 2016. Le CITIM – Centre d’Information Tiers Monde – a fait peau neuve, il a été réorganisé en 4 espaces plus distincts suivant les différents publics cibles, facilitant ainsi la communication et promotion externes : Bibliothèque Spécialisée Nord-Sud – Lieu d’Education à la Citoyenneté Mondiale – Centre de Rencontre et d’Echange – Espace de formation. Les utilisateurs seront désormais accueillis par deux nouveaux employés permanents: Delphine Dethier et Laurent Thinnes pour qui 2016 a été une année d’analyses, de réflexions, d’adaptations et de changements à différents niveaux pour faire du Citim un lieu incontournable au Luxembourg dans le domaine de l’information, de la sensibilisation, des échanges, de l’éducation et de la formation sur les relations Nord-Sud. Les statistiques de cette année 2016 témoignent de cet effort. On note une nette augmentation des utilisateurs de la bibliothèque par un public de plus en plus diversifié. Ceci n’est pas uniquement dû aux milliers de livres et documents spécialisés qu’on ne trouve guère ailleurs, mais aussi aux nombreuses associations qui y trouvent un espace propice à l’organisation de leurs évènements et aux nouvelles synergies et actions qui fleurissent derrière la vitrine. Pas moins de 117 rencontres, échanges et formations ont eu lieu en 2016 au CITIM et dorénavant, l’ASTM est agréée en tant que centre de formation continue. Ces nouveautés ont été présentées au grand public lors d’une journée porte ouverte en mai 2017 et d’autres évènements seront organisés pour les 35 ans du CITIM à l’ automne.

Au-delà du succès habituel des ateliers « culture » dans les lycées, l’ASTM a aussi organisé des ateliers culturels dans des classes d’urgence pour réfugiés. Début 2017, elle a également organisé des manifestations pour rendre hommage au journaliste, photographe et documentaliste luxembourgeois Gordian Troeller qui aurait eu 100 ans cette année. Le groupe Klima-Bündnis, de son côté, a su mobiliser un grand nombre d’enfants, de jeunes et d’adultes autour du programme sur le partenaire Chintan, en visite au Luxembourg fin septembre, ainsi que pour l’activité « Plant for the Planet ». Un groupe de volontaires des différentes communes luxembourgeoises ont participé à un voyage d’étude en Equateur début 2017 et se sont engagés à relayer leur expérience à leur retour au Luxembourg.

Au niveau du travail politique de l’ASTM, 2016 a été marquée par la continuité et mise en pratique des décisions politiques en 2015, en particulier par l’adoption des ODD (Agenda 2030) de l’ONU à New York en septembre et de la Conférence des Parties (COP21) en décembre 2015 à Paris. Par conséquent, l’ASTM a été particulièrement active tout au long de l’année 2016 sur des thématiques et actions liées au changement climatique et ses conséquences, ainsi qu’au développement durable. Nous pouvons ici relever le succès de nombreuses années de plaidoyer pour la ratification de la Convention 169 de l’OIT pour la protection des droits des peuples indigènes. Se basant sur les résolutions du Klima-Bündnis Lëtzebuerg et International, l’ASTM a longtemps plaidé pour que le Luxembourg ratifie la Convention 169. Après une campagne médiatique « silencieuse », ensemble avec Caritas Luxembourg et Partage.lu de 2015 à 2016, le 15 novembre, le ministre du travail, Nicolas Schmit annonçait devant la presse nationale que le Grand-Duché ratifiera la convention 169 de l’OIT. Un autre thème qui préoccupe l’ASTM et ses partenaires Sud depuis de nombreuses années, est l’agissement des sociétés transnationales et le manque de cadre réglementaire de ces sociétés en Europe et dans les pays du Sud. En décembre 2016, l’ASTM a organisé son traditionnel séminaire de réflexion sur ce sujet en invitant Melik Özden, directeur du CETIM, qui a publié le livre « Impunité des sociétés transnationales », ainsi que Monica Vargas, coordinatrice de la campagne mondiale contre l’impunité des transnationales. Suite aux réflexions et recherches liées à cette problématique , l’ASTM entend organiser une campagne de sensibilisation sur ce sujet en 2017.

Enfin, les deux projets de sensibilisation dans lesquels l’ASTM était en consortium avec des ONG partenaires de l’Union européenne et des pays du Sud pour la période 2013 à 2016, dont un en tant que chef de file, prenaient fin. Leur évaluation externe a mis en évidence l’ effet multiplicateur généré par l’ASTM, les synergies développées entre ces projets et les programmes nationaux de l’ASTM, la plus-value apportée dans le réseautage avec d’autres organisations et enfin, une bonne gestion d’ensemble.

Parallèlement, l’ASTM s’est également vu évaluer ses programmes d’actions (l’accord-cadre et le mandat) de sensibilisation et d’éducation au développement (ED) par le Ministère des affaires étrangères et européennes. Il apparaît clairement que l’ASTM vise un double objectif de « mieux vivre ensemble » et de « mieux faire ensemble », particulièrement prégnant dans un contexte de durcissement des discours politiques et de rejet accru de la différence. Son ancrage marqué par des partenariats au Sud lui permet d’impliquer des interlocuteurs locaux afin d’illustrer concrètement les thématiques globales et d’apporter un regard et un point de vue différents. L’analyse des approches stratégiques et opérationnelles a mis en évidence que la mission et les programmes d’action de l’ASTM sont en phase avec les stratégies de coopération luxembourgeoise en matière d’ED. Il a aussi été relevé que les activités sont construites en cohérence et en synergie avec des objectifs précis. L’ASTM intègre les étapes du continuum pédagogique de l’éducation au développement promu notamment par l’Union européenne, qui va de la sensibilisation orientée vers le grand public à l’engagement de volontaires et multiplicateurs, en passant par l’éducation au développement à proprement parler – étape intermédiaire de renforcement des connaissances et de la capacité à agir – et qui vise in fine l’engagement citoyen. La mise en œuvre des actions témoigne que des efforts ont été faits sur l’ouverture à des publics moins réceptifs et moins sensibilisés et l’ONG a adapté et renouvelé ses outils pédagogiques. Ceux qui s’adressent aux multiplicateurs favorisent le transfert de connaissances et les compétences didactiques, mais ces dernières doivent être renforcées. Pour ce qui est du suivi-évaluation, la préoccupation d’un contrôle qualité commence à émerger sur la notion d’évaluation ex ante et sur l’importance d’un suivi qualitatif notamment. Toutefois, des améliorations sont à faire pour tirer les leçons de l’expérience et nourrir la stratégie future. Enfin, l’expérience que l’ONG a développée en matière de formation des multiplicateurs mériterait des outils de capitalisation pour en modéliser les bonnes pratiques. L’ASTM se ressaisira de ces conclusions pour l’élaboration de ses nouveaux programmes d’actions en 2017.

Pour son volet Partenariats et projets de solidarité, l’ASTM a continué à appuyer tout au long de l’année 32 partenaires dans 11 pays en Afrique, Amérique et en Asie. Pour ce groupe, l’année 2016 a été marquée par les discussions autour de la révision des conditions générales des programmes de co-financement pluriannuel, l’ouverture d’une nouvelle ligne de financement par le Ministère du développement durable, l’évaluation des projets en Amérique latine et une rencontre des partenaires africains au Burkina Faso. Cette dernière a été organisée auprès du partenaire ARFA qui fêtait également les 20 ans de l’organisation. L’évènement a été largement couvert lors d’un vernissage photos organisé au retour de la mission et dans le Brennpunkt n°296 « L’Afrique en mouvement » de décembre 2016. Quelques éléments sont à retenir de l’évaluation des projets de l’ASTM en Amérique latine. Cette dernière (l’évaluation ?) a montré que tous les projets évalués – CEDIB (Bolivie), ADECAP et FEDEPAZ (Pérou) et MCP (Brésil) – sont pertinents par rapport à la question des Droits de l’Homme et s’inscrivent dans la lignée des principaux instruments internationaux en la matière. Ils apparaissent pertinents au regard des enjeux nationaux et des besoins des bénéficiaires, sont globalement efficaces car ils ont de nombreux impacts positifs pour les bénéficiaires et sont viables à court et moyen terme. Par contre, 2016 marque malheureusement aussi une suite de l’aggravation des conditions dans lesquelles vivent et travaillent les partenaires de l’ASTM, particulièrement en ce qui concerne la sécurité légale des organisations ainsi que la sécurité personnelle de leurs membres. C’est encore le cas du CEDIB en Bolivie, du CUC au Guatemala et du PNFSP aux Philippines.

Après de vives discussions et échanges sur les activités de l’année écoulée, le rapport des activités 2016 a été adopté par l’AG, suivi par des discussions sur la programmation 2017. Au-delà des quelques actions énoncées ci-dessus à découvrir au cours de l’année à venir, le premier semestre 2017 sera aussi un moment intense de réflexion interne pour l’élaboration des programmes d’action pluriannuels de l’ASTM en éducation au développement qui viennent à terme et le second semestre sera marqué par sa campagne de sensibilisation et d’interpellation sur les sociétés transnationales. Indépendamment des débats structurels touchant à l’existence même de l’ASTM, elle devra poursuivre ses actions qui traitent des menaces qui se répercutent sur ses partenaires et sur notre propre société. Les négociations commerciales internationales, le droit des peuples à se nourrir eux-mêmes, le financement du développement, l’exploitation incontrôlée des minerais, le changement climatique, la crise migratoire sont des défis qui continueront certainement à nous préoccuper.”

Composition du Conseil d’Administration de l’ASTM suite aux élections 2017 : Richard Graf (co-président), Monique Langevin (co-présidente), Pierre Schmit (trésorier), Jacques Mergen (secrétaire), Dilcia Figueroa, Pol Faber, Jean Feyder, Raymond Wagener, Raymond Weber et Nicole Ikuku (sans droit de vote).

 

Auteur: Nicole Etikwa Ikuku, Coordinatrice ASTM

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